Entre 2022 et 2026, Samuel Mercer et Charlotte Escamez travaillent au Centre Pénitentiaire de Fleury-Mérogis auprès d’hommes détenus en longues peines. De ces ateliers est née une matière théâtrale et visuelle, notamment grâce à l’autorisation exceptionnelle de filmer les séances. Cette première étape a donné lieu à une présentation au Théâtre Paris-Villette dans le cadre du festival Vis-à-Vis. Dans la continuité de ce travail est né LE CAS ORESTE, une création partagée inédite réunissant des acteurs professionnels, des personnes détenues à l’image et des ex-détenus au plateau.
Ensemble, nous sommes remontés aux origines du premier tribunal né à Athènes à l’époque prédémocratique en nous emparant de la figure d’Oreste.
Oreste doit être jugé car il a commis le crime par excellence en faisant couler son propre sang, celui de sa mère.
Alors que les Érinyes défendent le droit de la figure maternelle, Appolon, quant à lui, se comporte comme l’avocat d’Oreste en invoquant le meurtre d’un père et puissant roi, qui doit être vengé. Comment traiter le cas d'un homme qui a tué sa mère, qui elle-même avait tué son mari parce qu'il avait sacrifié sa fille pour pouvoir mener une guerre ? Cette machine infernale où la violence vengeresse fait rage n'est pas sans rappeler notre monde.
Sur ordre d’Athéna, des juges choisis parmi le peuple vont constituer l’aréopage afin de décider du sort d'Oreste. Mais ces juges restent muets et se contentent de placer leur bulletin dans l'urne. Ce " vide textuel ", ces voix qui n'existent pas encore, ont guidé les ateliers menés auprès des détenus en longues peines au centre Pénitentiaire de Fleury-Mérogis. L'aréopage va parler, et pour la première fois, des hommes vont juger un homme. Le procès d’Oreste va se tenir.
Dans LE CAS ORESTE, les personnes incarcérées passent du statut d’accusé à celui de juge. Cette transformation est intéressante à plusieurs égards. Le procès est un moment décisif dans la vie d’un détenu. Changer de place, de positionnement, lui confère une parole différente. L’enjeu dans LE CAS ORESTE est bel et bien de partager avec le public la frontière ténue entre le dedans et le dehors pour appréhender la détention comme un miroir de notre société que, tôt ou tard, nous devons regarder en face afin de nous y confronter. Faire dialoguer la présence des interprètes sur le plateau et les images des détenus permet d’établir une résonance entre le théâtre et la prison. Ce dispositif fait écho à un monde d’ambiguïtés et de tensions morales sans solution évidente, tout en sublimant le travail des personnes incarcérées.
LE CAS ORESTE souhaite comprendre la progression de la justice qui se fait, se défait et se refait, en abordant de près les mécanismes de la vengeance, de la transformation et de la réinsertion.“Déambuler dans l’espace
Vite devenir errant
“Qui suis-je ? Un exilé, un fou, un héros, un mythe, un problème, une fiction, une tragédie, une énigme, un héritier, un criminel, un guerrier, un fils, une écriture ?”
extrait “Le cas Oreste” /Charlotte Escamez